Alors que 2020 verra les trente-cinq ans de notre association, Lidi renoue avec son premier objet, la promotion de la littérature, sans oublier bien sûr la dimension d’éducation populaire qui nous anime.

C’est d’abord le roman populaire qui nous occupera.

Qu'est-ce que le roman populaire ?

Populaire, c’est à la fois ce qui émane du peuple et ce qui plaît au peuple. Et le mot peuple lui-même est très ambigu, tant il sert tour à tour à désigner l’ensemble d’une population ou une partie d’entre elle « le plus grand nombre, la masse des gens, par opposition à ceux qui s'en distinguent par leur niveau social, culturel ou par opposition aux classes possédantes, à la bourgeoisie » nous dit le Larousse. Le mot peuple fait un amalgame, qu’on se garde en général d’éclaircir, entre le moins riche, le moins cultivé et le moins notable, étant entendu que tout cela forme le plus grand nombre et que le plus grand nombre est une masse. Comment alors la culture « populaire » ne pourrait-elle pas être méprisée si on la comprend comme la culture de ceux qui n’en ont pas ?

La littérature populaire, c’est d’abord celle qui émane du peuple, ce sont les contes collectés par les frères Grimm au début du 19ème siècle, quand la philosophie romantique allemande mettait en avant le volksgeist, le génie du peuple, si important pour la fondation du nationalisme allemand. C’est aussi dans ce 19ème siècle de développement du prolétariat et des classes moyennes, mais aussi d’alphabétisation, de démocratisation de la lecture, d’essor de la presse, de progrès techniques qui rendent les livres meilleur marché, d’apparition du chemin de fer et de son corollaire, le roman de gare, qu’apparaît l’idée d’une littérature à destination du peuple, dont la forme privilégiée sera le roman.

Un genre méprisé

Le roman populaire souffre par définition d’un manque de respectabilité, c’est à la fois celui qui s’adresse à un public peu sophistiqué et aussi celui qui se vend bien. Les critiques qui lui sont faites, parfois à juste titre, témoignent d’abord du mépris du peuple et de la crainte des milieux conservateurs face au développement des idées démocratiques. Il est accusé de corrompre les mœurs du peuple, de s’adresser à l’imagination et non à la raison, mais aussi, il est suspect parce qu’il est asservi à des logiques commerciales. Ici l’on retrouve l’ambiguïté du mot peuple. Le roman populaire, c’est à la fois celui qu’il s’adresse aux moins riches, aux moins cultivés et au plus grand nombre. C’est celui qui se vend bien, mais aussi celui qui est fait pour se vendre bien, on le suppose donc par principe consensuel dans ses idées, facile d’accès dans sa forme, racoleur dans son contenu.

C’est d’autant plus le cas qu’il paraît le plus souvent dans la presse, sous forme de feuilleton, à une époque ou le prix des journaux baisse considérablement grâce au recours à la publicité, ce qui a élargi son lectorat mais l’a rendue dépendante des annonceurs. Le roman-feuilleton, à l’origine un roman découpé pour être publié dans les journaux, devient vite un roman écrit en fonction de ce découpage, la composition s’en ressent, les livraisons se terminent sur un suspense stéréotypé, les auteurs ont recours à la surenchère, au scandale, à l’invraisemblable… Aujourd’hui encore, le roman-feuilleton est synonyme d’une littérature bas de gamme, d’un dévoiement des auteurs. Pourtant on ne peut ignorer que nos romanciers les plus prestigieux ont tous été publiés en feuilleton : Balzac, Hugo, Dumas bien sûr, même Zola. Mais tant d’autres, qui ont pourtant marqué leur époque, sont aujourd’hui à peine édités, ou pas du tout.

Le pouvoir de l'imagination

Le roman populaire triomphe au moment où s’impose le réalisme. Ou peut-être le réalisme apparaît-il au moment où le roman populaire triomphe. On peut émettre l’hypothèse que c’est parce que l’aventure, l’intrigue, l’imagination, qui semblaient consubstantiels au roman depuis ses origines, passionnent les foules que la « grande » littérature se réinvente à cette époque contre l’aventure, contre l’intrigue, contre l’imagination.

Le roman populaire se confond donc avec ce qu’on a appelé avec une certaine condescendance paralittérature, c’est-à-dire les genres de l’imaginaire : aventures, anticipation, fantastique, policier, science-fiction, roman sentimental... A cela il convient d’ajouter la littérature jeunesse et les bandes-dessinées qui se sont développées dans la même mouvance. C’est donc bien une littérature de l’imagination que nous entendons mettre à l’honneur en publiant des textes qui relèvent de cette littérature populaire, mais aussi qui lui rendent hommage ou qui, à leur manière, en perpétuent l’esprit.